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Santa Maria, dernier acteMarc Trillard On ouvre toujours un Onetti avec la même attirance trouble, la même fascination morbide. Dans l'univers interlope et décadent de Santa Maria, on est en territoire connu, mais connu seulement d'un petit nombre, un cercle d'initiés attendant fébrilement les dernières nouvelles de la ville maudite par son démiurge. C'est un monde semi-obscur, en marge, côtoyant la réalité temporelle sans jamais se laisser déborder par elle - ses héros, d'ailleurs, ne la supporteraient pas, cette réalité: s'ils ont décidé de s'en abstraire, c'est bien pour fuir le mortel ennui qu'elle sécrétait. Idem pour leur créateur, Onetti le magnifique, l'Uruguayen réfugié à Madrid qui décida, un beau jour de 1984, de ne plus quitter le lit de sa chambre ni sa bouteille de scotch. Ce qu'il fit durant dix ans jusqu'à ce que mort s'ensuive. Pas de doute, c'est comme un authentique acte de liberté, ou de libération, qu'il faut interpréter ce décubitus létal, le sardonique pied de nez d'un homme envers son époque et sa société. 'Laissons parler le vent' ferme la tétralogie de Santa Maria. Les autres titres ('le Chantier', 'Ramasse-Vioques', 'la Vie brève') avaient déjà contribué à imposer dans les esprits le mythe sanmarinien. Putes, macs, alcooliques, artistes ratés, médecins déchus, politicards, flics corrompus, on les retrouve d'un livre à l'autre sous la même identité ou des traits à peine retouchés, ainsi des Brausen, Larsen ou Diaz-Grey que le lecteur-disciple finit par connaître si bien qu'il se persuade de les avoir pour voisins de quartier. Ce dernier ouvrage déroge à la règle puisqu'il nous plonge dans une ville que nous ne connaissons pas: Lavanda (rassurons-nous: pour retrouver l'irrespirable Santa Maria, il n'y a qu'un bac à prendre); de même son personnage principal, Medina, fait-il sa grande apparition dans le théâtre onettien. Improbable médecin de cette ville riveraine du rio de la Plata, Medina porte le poids d'un passé chargé de trop de vicissitudes, regrets, frustrations, reniements de soi, ou tout simplement d'un trop grand nombre d'années. Poussé par sa maîtresse, l'implacable Frieda von Kliestein, il revient à ses premières amours, la peinture; un rituel passablement masochiste où l'exécution de nus féminins - et la consommation concomitante de leurs modèles - n'apporte à l'artiste qu'insatisfaction et désenchantement. Et Medina, finalement, de rentrer à Santa Maria pour réendosser sa vieille peau de premier flic de la ville, de commissaire avide de revenir renifler le crime au plus près. Si près qu'il s'en brûlera les ailes, ange du mal venant s'effondrer entre les dépouilles des victimes de cette tragi-comédie au Nouveau Monde. 'Laissons parler le vent', dernier acte de la malédiction rioplatense. Onetti y a jeté toute l'encre de sa misanthropie, son amertume de ne parvenir à trouver la moindre raison d'espérer en l'avenir du genre humain. Son écriture atteint ici un tel degré elliptique, à mille lieues d'un texte comme 'le Chantier', qu'elle en confine à l'abstraction, voire à l'hermétisme, comme si elle se refusait à son lecteur. Comme si l'auteur, longtemps pressenti pour le Nobel, se moquait d'être lu, ou concevait toute la vanité d'être lu. Inicie sesión o regístrese para comentar | Enviar página | Fuente | Versión para imprimir | 197 lecturas
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