Nuit de chien
De Werner Schroeter
Synopsis
Gare de Santamaria – nuit. OSSORIO, un homme d’une quarantaine d’années, descend d’un train au milieu d’une foule de réfugiés et de soldats épuisés. C’est dans une ville assiégée que ce héros d’une résistance en débâcle tente de retrouver ses anciens alliés et celle qu’il aime. Mais la situation a bien changé, et les amis d’hier n’ont plus le même discours. Tandis qu’une milice déchaînée terrorise la ville, chacun cherche désormais à sauver sa peau.
infos
De
Werner Schroeter
D'après
le roman de Juan Carlos Onetti
Avec
Pascal Greggory
Bruno Todeschini
Eric Caravaca
Jean François Stevenin
Amira Casar
Sami Frey
Bulle Ogier
Écrit par
Gilles Taurand
Werner Schroeter
Produit par
Alfama Films Production
Clap Filmes
Filmgalerie 451
Actuellement en post production- Sortie prévue le 07 janvier 2009
Distributeur France
Alfama Films
Vendeur international
Alfama Films
Werner Schroeter
Werner Schroeter, réalisateur
Né à Georgenthal (Thuringe), Werner Schroeter suit des études de psychologie à l’université de Mannheim, puis exerce la profession de journaliste de 1964 à 1966 avant de s’orienter vers le monde du spectacle en 1967. Il commence une carrière de cinéaste expérimental, concevant notamment un film (Neurasia, 1969) destiné à être projeté sur deux écrans simultanément.
La majorité de ses œuvres de jeunesse rendent hommage à l’opéra, et en particulier à Maria Callas. Avec son premier long métrage Eika Katappa (1969), il attire l’attention de la critique internationale au festival de Mannheim, puis à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Cette œuvre d’une extrême originalité intègre déjà toute la thématique qui nourrira ses films : l’opéra, la chanson populaire, la théâtralité, l’utilisation de travestis dans les rôles de femme, l’obsession de la mort et une polyvalence des pratiques artistiques les plus diverses. On y découvre aussi l’interprète qui deviendra son interprète fétiche, Magdalena Montezuma.
Dans la constellation du jeune cinéma allemand de l’époque (Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder), Werner Schroeter apparaît comme un poète d’avant-garde. Aimant tourner ses films à l’étranger, il réalise Salomé (1971), d’après Oscar Wilde, au Liban, la Mort de Maria Malibran (Der Tod der Maria Malibran, 1971) en Autriche, Willow Springs (1973) aux États-Unis, l’Ange noir (Der Schwarze Engel, 1974) au Mexique, le Règne de Naples (Regno di Napoli, 1978) en Italie, Flocons d’or (1976) en France et le Jour des idiots (Tag der Idioten, 1981) à Prague. Esthète éclectique épris de « beauté convulsive », Schroeter travaille avec des actrices telles que : Carole Bouquet, Isabelle Huppert, Andréa Ferréol, Bulle Ogier ou Maria Schneider, filme des pièces de théâtre (Salomé, Macbeth, le Concile d’amour) et des documentaires dont la Répétition générale (1980), film tourné au festival d’Avignon, De l’Argentine (Zumbeispiel Argentinien, 1986) et Poussières d’amour (Abfallprodukte der Liebe, 1996).
Il réalise un essai sur l’opéra avec les cantatrices Anita Cerquetti, Rita Gorr et Martha Mödl et une fiction politique : Palermo (Palermo oder Wolfsburg, 1980) qui obtient l’ours d’or à Berlin. Il est également l’auteur en 1990 d’une adaptation du roman d’Ingeborg Bachmann Malina.
FILMOGRAPHIE SELECTIVE :
• DEUX (2002)
Avec : Isabelle Huppert, Bulle Ogier, Manuel Blanc, Arielle Dombasle, Annika Kuhl, Robinson Stévenin
• MALINA (1991)
Avec : Isabelle Huppert, Can Togay, Mathieu Carrière Sélection officielle au Festival de Cannes. Prix aux German Film Awards : Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Montage, Meilleure Actrice (Isabelle Huppert)
• LE ROI DES ROSES (1986)
Avec : Magdalena Montezuma, Antonio Orlando, Mostefa Djadjam
• CONCIL OF LOVE (1982)
Avec : Antonio Salines, Magdalena Montezuma Prix du Jury au Festival de Sao Paulo
• LE JOUR DES IDIOTS (1981)
Avec : Carole Bouquet, Ida di Benedetto, Ingrid Caven, Christine Kaufmann, Magdalena Montezuma Sélection officielle au Festival de Cannes. Prix aux German Film Awards : Meilleur réalisateur.
• PALERMO ODER WOLFSBURG (1980)
Avec : Nicola Zarbo, Otto Sander, Magdalena Montezuma Ours d’Or au Festival de Berlin
• LE REGNE DE NAPLES (1978)
Avec : Romeo Giro, Antonio Orlando, Maria Antonietta Riegel Prix aux German Film Awards : Meilleur réalisateur, Meilleure Photographie
• FLOCONS D’OR (1976)
Avec : Magdalena Montezuma, Bulle Ogier, Christine Kaufmann
• DER SCHWARZE ENGEL (1975)
Avec : Ellen Umlauf, Magdalena Montezuma
• WILLOW SPRINGS (1973)
Avec : Magdalena Montezuma, Christine Kaufmann
• LA MORT DE MARIA MALIBRAN (1972)
Avec : Magdalena Montezuma, Christine Kaufmann
• EIKA KATAPPA (1969)
Avec : Magdalena Montezuma, Gisela Trowe
THÉATRE :
2004
• Amphytrion Kleist, Théâtre municipal de Bonn
2002
• La Flamme Divine Schroeter, Théâtre Oberhausen
1999
• Phèdre Racine, Théâtre Bochum
1998
• La Ménagerie de Verre T.Williams, Théâtre Eliseo - Rome
1998
• Sangue Norén, IEA, Théâtre Carcano - Milan
1992
• Haute-Surveillance J.Genet, Théâtre de Cologne Les Soldats Lenz, Théâtre de Cologne
1991
• Marianne - Les Caprices de Marianne Musset, Théâtre Thalia - Hamburg
1987
• L’Arbre des Tropiques, Mishima, Théâtre de Düsseldorf Rausch Strindberg, Théâtre de Brême
1981
• Ce soir on improvise Pirandello, Théâtre de Frankfort, Festival de Munich, Festival d'Avignon
1979
• La longue nuit de Médée Alvaro, Théâtre Niccolini -Florence
1972
• Salomé Wilde, Théâtre Bochum
OPÉRA :
2007
• Tosca Puccini, Opera de Bastille Paris
2004
• Don Carlos Verdi, Theater Bielefeld
2003
• Lulu Berg, Theater Bonn / Internationale Beethoven Feste Bonn
2003
• Norma Bellini, Deutsche Oper am Rhein Düsseldorf/Duisburg
2002
• Madama Butterfly Puccini, Theater Bielefeld
2001
• Otello Verdi, Saatstheater Kassel
1999
• Carmen Bizet, Staatstheater Darmstadt
1998
• Tristan und Isolde Wagner, Deutsche Oper am Rhein Düsseldorf/Duisburg
1995
• Fidelio Beethoven / Intolleranza Nono, Staatstheater Darmstadt
1994
• Tosca Puccini, Opera de Bastille Paris
1993
• Lady Macbeth von Mzensk Schostakowitsch, Oper der Stadt Frankfurt
1991
• Luisa Miller Verdi, De Nederlands Operastichting Amsterdam
1990
• Missa Solemnis Beethoven, Düsseldorfer Schauspielhaus / Bochumer Symphoniker
1987
• Médée Cherubini, Städtische Bühnen Freiburg
1986
• Salome Strauss, Teatro de Bellas Artes, Mexico City
1985
• La Wally Catalani, Bremer Theater
INTENTIONS
NOTE DU RÉALISATEUR
De la nécessité de l’Utopie.
Juan Carlos Onetti : NUIT DE CHIEN (Para Esta Noche Roman écrit en 1943/44)
Scénario Gilles Taurand et Werner Schroeter (2007/2008)
Dans toute mon œuvre cinématographique (et partiellement aussi dans mon œuvre théâtrale), je cherche à explorer les forces vitales de l’amour, de la mort et de la vie par le biais de fantasmagories multiples ou sous forme d’utopies.
J’ai ressenti dans les œuvres de Juan Carlos Onetti des idées vécues assez proches des miennes, mais filtrées par la connaissance insupportable de la guerre et le tempérament machiste des « SUR » argentins.
Il pose la question suivante : Qu’est-ce que l’homme ?
D’où vient son énergie, son sens du destin et surtout, avant tout, la SEHNSUCHT, ce penchant ardent qui mêle le désir et la mélancolie.
Le cinéma selon moi doit être capable de représenter ces forces vitales de façon originale.
Elles ont finalement trop peu l’occasion d’être exprimées. La communication électronique participe d’une forme de diminution d’être ; il s’agit d’une véritable destruction. Quant aux fictions télévisuelles, elles sont souvent d’une impressionnante banalité. On a affaire de façon récurrente à des thrillers (suspense, action) ou à des mélodrames (émotion), dans des schémas souvent pauvres et réducteurs.
Comment ces fictions peuvent-elles nourrir nos imaginaires, nous permettre de tisser des utopies complexes qui puissent explorer la richesse de notre intériorité, les tréfonds de notre nature ?
Onetti, avec sa clairvoyance d’artiste et d’observateur sensible, parvient à rendre une forme de complexité.
A sa façon très personnelle, il préfigure l’Existentialisme d’un Camus ou d’un Sartre, ou plus tard d’Althusser, Foucault. J’ai eu de nombreux échanges avec ce dernier sur le thème de la Passion, qui tient l’homme en mouvement même s’il n’est pas complètement lui-même dans cet état. Foucault s’est aussi beaucoup interrogé sur les liens entre sexualité et politique.
Notre scénario NUIT DE CHIEN reprend la structure dramaturgique de l’oeuvre d’Onetti.
Chez lui et chez nous, il y a l’homme et la guerre, un état de siège qui nous rapproche sensiblement du « Voyage au bout de la nuit » de Céline.
L’homme blessé a toujours la possibilité de résister à la violence, à la brutalité, à la bestialité. Il cède trop souvent.
Et qui cède à cette violence a perdu l’espoir utopique, qui seul permet à l’Homme d’entretenir en lui les forces de Vie, Amour, Passion et d’accepter dignement la mort.
L’atmosphère dense de « Santa Maria », que nous allons créer à Porto, peut faire penser à deux chef d’œuvres cinématographiques dont j’aime beaucoup l’ambiance :
« Touch of Evil » d’Orson Welles et «Kiss Me Deadly” d’Aldrich.
Et il ne faut pas oublier la touche d’humour, un humour argentin-uruguayen tout en légèreté présent chez Onetti, et qui mérite d’être rendu à l’écran.
Un sourire au milieu de la bataille contre le désastre !
Janvier 2008 - Werner Schroeter
NOTE D'INTENTION DU SCÉNARISTE
On considère à juste titre Une nuit de chien comme l’un des meilleurs romans de l’écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti. L’histoire dure une nuit. Une nuit de cauchemar qui préfigure certains des épisodes les plus tragiques de l’histoire récente de l’Amérique latine. Dans une ville en état de siège, chacun cherche désespérément à sauver sa peau.
Tout l’art d’Onetti consiste à faire croire au début qu’un ennemi invisible encercle la ville et qu’il est encore possible d’y échapper. Un paquebot est à quai et doit lever l’ancre aux premières lueurs de l’aube. Jusqu’au moment où le lecteur se rend compte que la ville est tout autant assiégée de l’intérieur. L’ennemi prend alors tous les visages. Chaque personnage devient un tueur en puissance. Il n’y a plus d’allié mais des alliances de passage qui peuvent à tout moment s’inverser. Quand celui qui vous tend la main est susceptible de vous trahir sans raison apparente, c’est le règne de la paranoïa. Une nuit de chien est un récit paranoïaque d’une noirceur peu commune qui s’inscrit dans la veine de Franz Kafka. On pense au Procès, au Château ou à la Colonie pénitentiaire, à ces œuvres qui réinventent chaque fois une terrifiante logique de l’absurde.
Le lecteur du scénario se demandera peut-être où se situe cette ville et à quelle époque se déroule l’action. Chez Onetti, Santamaria est une ville imaginaire, une pure construction mentale qui n’a cependant rien d’arbitraire. Ce qui prédomine, et nous permet d’affirmer que ce récit a une portée universelle, au-delà de son décor crépusculaire, c’est le paysage humain qui le compose de façon implacable comme le ferait une tragédie grecque. Ossorio Vignale en est le héros principal. Dans le roman d’Onetti, on ignore pour quelle raison cet homme se retrouve pris au piège dans une ville dont il cherche désespérément à s’échapper.
Une de mes premières décisions a été de lui inventer un passé. J’en ai fait un chirurgien qui s’est un jour lancé dans la politique, militant dans un Parti dont on imagine aisément qu’il était à l’opposé des militaires qui désormais veulent prendre leur revanche. Ossorio a ainsi combattu les troupes du général Fraga dans les montagnes du Nord. Il est devenu « le colonel Luis », une sorte de héros mythique. Mais c’est un personnage défait qui revient à Santamaria. Les troupes de Fraga assiègent une ville encombrée de réfugiés. L’assaut final est imminent. Pourquoi revient-il ? Pour mourir en beauté ? Onetti ne donne aucune indication.
J’ai donc imaginé un personnage féminin qui ne figure pas dans le roman. Je l’ai nommé Clara Baldi. Journaliste engagée, elle a été la maîtresse d’Ossorio. Dès le début de l’histoire on comprend qu’elle l’a appelé au secours. Elle a un « plan » pour s’enfuir avec lui sur le Bouver qui doit lever l’ancre à l’aube.
Orphée vient donc chercher son Eurydice dans les enfers. Mais Eurydice a disparu. Clara Baldi a-t-elle été enlevée ? Ou bien joue-t-elle avec les nerfs d’Ossorio pour éprouver son amour ? À moins qu’elle n’ait préféré se réfugier dans les bras d’un autre ?
La figure de la femme disparue n’est certes pas nouvelle au cinéma. Antonioni en a fait un chef d’œuvre. Il se trouve simplement que la pièce manquante d’un puzzle permet toujours un jeu de miroir avec soi-même. C’est d’ailleurs un des défis de ce projet que d’embarquer le personnage principal dans une action au présent toujours soutenue, exactement comme le ferait un thriller, tout en distillant ça et là des fragments du passé, celui d’Ossorio, de Clara, de Morasan, de Barcala et d’autres, sans jamais donner à ces fragments une valeur de clé psychologique. Une nuit pour chercher une vérité qui fuit sans cesse.
Pour le reste, on retrouve la plupart des personnages et des décors du livre d’Onetti. Résignées à leur sort, impuissantes à changer le cours des évènements, les femmes que rencontre Ossorio sont toutes magnifiques à mes yeux. Quant aux hommes dont on sait qu’ils redoutent par-dessus tout l’impuissance, il ne leur reste plus qu’à se réfugier dans le délire de toute-puissance qui les conduit inexorablement au carnage.
Il est des rencontres plus essentielles que d’autres. Le roman d’Onetti, l’univers intime de Werner Schroeter, la volonté combattive de Paulo Branco, autant de convergences qui m’ont conduit à me lancer sans hésiter dans cette adaptation.
Gilles Taurand


