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L'actualité littéraire avec Bernard Lehut

Nouvelles d'un désenchanté

par Alexie Lorca
Lire, juillet 2002 / août 2002

Des enfants meurtriers, des putains vieillissantes, des notables mythomanes, des hommes seuls et misérables: le monde de Juan Carlos Onetti (1909-1994) n'est pas rose! L'Uruguayen est une figure emblématique de cette «génération perdue» d'écrivains latino-américains qui, au cœur des années 40, opposent aux dictatures un désenchantement nihiliste, rompant avec toute tentation de baroque merveilleux.

Autodidacte, grand lecteur de Simenon, Proust, Céline et Balzac, Onetti a bâti un univers littéraire autour d'un monde interlope, où des êtres en quête d'identité se consument lentement à force de passivité ou d'évasion dans des rêves perdus d'avance. Décor central: une ville tentaculaire, glauque, qui engendre frustration, empêchement et solitude. A son échelle, l'individu est un insecte souffreteux dont le drame est réduit au simple fait divers. Ainsi de cette vieille dame qui tend la main à des gamins miséreux. Ils l'assassinent pour lui voler trois sous. Ainsi de Simon, peintre obscur, entiché d'une jeune fille inaccessible. Il finit par se laisser mourir dans la cave qui lui sert de chambre.

Qu'ont donc à expier les personnages d'Onetti? Peut-être une impuissance à retenir le paradis de l'enfance, une incapacité à sortir de la ville pour retrouver la «vraie vie» dans la nature. Le verbe est âpre, la plume syncopée, la syntaxe malmenée. Chez Onetti, l'image est sans atours, l'idée sans enjolivures. Les voix de l'auteur et de différents narrateurs s'entremêlent, jouant un requiem étrange et lancinant qui résonne en nous, longtemps après que l'on a refermé le livre.

Demain sera un autre jour

Juan Carlos Onetti
Le Serpent à plumes
Traduit de l'espagnol par André Gabastou.
150 pages.
Prix : 6 € / 39,36 FF.

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Juan Carlos Onetti

Extrait
Laissons parler le vent
février 1997
Critique
Laissons parler le vent
février 1997

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